Un regard sur la RQTH : à quoi sert-elle concrètement ?

La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) constitue aujourd’hui un levier capital pour l’inclusion professionnelle des personnes en situation de handicap. Décernée par les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH), elle vise à faciliter l’accès, le maintien et l’évolution dans l’emploi, tout en garantissant un accompagnement renforcé face aux obstacles spécifiques rencontrés. En France, fin 2022, près de 2,8 millions de personnes bénéficiaient de la RQTH (source : CNSA). Cette démarche reste pourtant souvent méconnue, entourée de nombreux questionnements, en particulier sur ses critères d’attribution.

Définir le handicap au sens de la RQTH : un périmètre large

La première étape pour comprendre la RQTH est d’éclaircir la notion même de handicap telle qu’elle y est associée. Le Code du travail, à travers l’article L5213-1, définit le travailleur handicapé comme « toute personne dont les possibilités d’obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites, par suite d'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ». Cette approche ne se limite pas aux handicaps visibles. Elle englobe :

  • Les handicaps moteurs et sensoriels (ex. : déficiences auditives ou visuelles)
  • Les handicaps psychiques (dépression sévère, troubles anxieux chroniques...)
  • Les maladies invalidantes (ex : diabète, sclérose en plaques, cancers, VIH...)
  • Les troubles cognitifs (TDAH, troubles de l’apprentissage...)
  • Les maladies rares ou évolutives

Ainsi, la RQTH s’adresse à un public varié, bien au-delà de l’image stéréotypée du fauteuil roulant.

Les critères essentiels étudiés par la MDPH

La décision d’attribuer ou non la RQTH appartient à la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH). Celle-ci s’appuie sur un ensemble de critères précis, consultés lors de l’instruction du dossier :

  1. La présence d’un handicap ou d'une maladie invalidante :
    • Il n’existe pas de « liste » fermée : c’est bien la notion de retentissement sur la vie professionnelle qui prime.
    • Une affection peut être temporaire ou définitive, visible ou invisible. Par exemple, un burn-out de longue durée peut ouvrir droit à la RQTH.
  2. L’impact sur l’emploi :
    • Le critère clé reste l’altération de la capacité à obtenir, exercer ou conserver un emploi en raison du handicap.
    • La CDAPH analyse donc :
      • Les restrictions médicales clairement documentées (posture, fatigue, horaires, déplacements…)
      • La nécessité d’un aménagement de poste ou d’horaires
      • Les invalidités créant des difficultés concrètes dans l’activité professionnelle (concentration, communication, accès au lieu de travail, etc.)
  3. L’âge et la situation professionnelle :
    • La RQTH s’adresse dès l’âge de 16 ans, y compris aux étudiants, apprentis ou personnes en recherche d’emploi.
    • Elle n’est donc pas liée à la profession exercée ni à la situation actuelle d’emploi : un demandeur d’emploi peut tout à fait faire sa demande.
  4. L’existence d’autres dispositifs de compensation :
    • La RQTH peut être demandée même si la personne bénéficie déjà d’une allocation d’adulte handicapé (AAH), d’une pension d’invalidité, d’un titre d’inaptitude, etc. Chaque dispositif répond à un besoin spécifique.
    • Elle reste compatible avec d’autres aides, notamment celles liées à la formation professionnelle (alternance, apprentissage, etc.).

Point important : la nature et la sévérité du handicap ne sont pas seuls déterminants. La CDAPH examine toujours la compatibilité entre l’état de santé et l’activité professionnelle, ainsi que le besoin de mesures d’accompagnement pour sécuriser le parcours professionnel.

Éléments pris en compte dans le dossier RQTH

Un dossier de demande (formulaire Cerfa n°15692*01 accompagné d’un certificat médical de moins de 6 mois) doit contenir des informations précises. Sont analysés :

  • Le projet professionnel :
    • Quels emplois sont visés ? Quels obstacles anticipés ?
  • Les restrictions d’aptitude :
    • Reposent sur l’avis médical détaillé (fatigabilité, gestes proscrits, durée de contact social…)
  • Le parcours antérieur :
    • Emplois occupés, interruptions, difficultés rencontrées
  • Les besoins de compensation :
    • Adaptation de poste, matériel spécifique, horaires aménagés…

La CDAPH complète son analyse par l’avis de professionnels de santé membres de l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH. Des documents complémentaires (bilans, attestations, évaluations des employeurs éventuels) peuvent être sollicités.

La procédure d’attribution : les grandes étapes

La demande de RQTH s’articule en plusieurs phases :

  1. Dépôt du dossier à la MDPH :
    • Envoi du formulaire et des justificatifs médicaux et administratifs
  2. Évaluation par l’équipe pluridisciplinaire :
    • Examen du dossier, échanges avec le demandeur si besoin
  3. Passage en commission CDAPH :
    • Décision collégiale, notification dans un délai moyen de 4 à 6 mois, parfois plus en zone tendue (source : service-public.fr).
  4. Transmission de la décision :
    • Attribuée pour une durée de 1 à 10 ans selon les situations, ou définitivement pour les handicaps irréversibles.

Selon les départements, près de 3 dossiers sur 4 aboutissent à une attribution (source : CNSA 2022). Néanmoins, le taux de renouvellement et la proportion de demandes rejetées pour manque de pièces restent élevés, ce qui souligne l’importance d’un dossier bien constitué.

Des critères qui évoluent avec la société

Depuis plusieurs années, les situations considérées ont largement évolué. La reconnaissance des troubles neurologiques et psychiques, par exemple, a nettement progressé : en 2022, 26% des personnes en situation de handicap en emploi déclaraient un trouble psychique ou cognitif comme principal type de déficience (source : Dares, 2023). Cette évolution se retrouve dans la pratique des MDPH : la notion de « handicap invisible », longtemps négligée, est aujourd’hui prise en compte sur un pied d’égalité avec le handicap physique plus traditionnel.

Statistiques et réalités : ce que disent les chiffres

Année Nombre de bénéficiaires RQTH (France) Taux d’emploi des bénéficiaires RQTH
2017 2,5 millions 36 %
2022 2,8 millions 40 %

Malgré une progression, le taux d’emploi reste inférieur à la moyenne nationale tous publics confondus (environ 66%, source INSEE). L’obtention de la RQTH ouvre donc la porte à des dispositifs concrets (accompagnement Cap emploi, aménagements, obligations légales pour l’employeur, priorité sur certaines aides…). C’est un « sésame » pour sécuriser son parcours, mais aussi pour sortir de l’isolement, faire valoir ses droits et amorcer un dialogue constructif avec l’employeur.

FAQ : questions fréquentes autour des critères de la RQTH

  • Peut-on obtenir la RQTH sans être salarié ? Oui, la demande est possible sans avoir d’emploi. Elle est utile lors d’une recherche d’emploi, d’une reconversion ou d’une entrée en alternance.
  • La RQTH peut-elle être retirée ? Oui, en cas d’évolution positive de l’état de santé. Un réexamen est possible sur demande ou à l’initiative de la MDPH.
  • Le diagnostic médical est-il obligatoire ? Oui, mais il peut s’agir d’un diagnostic présomptif, notamment dans le cas de troubles psychiques, à partir d’un certificat médical spécialisé.

Pistes d’amélioration et enjeux à venir

Face à la demande croissante (+13% de dossiers MDPH entre 2018 et 2022, selon la CNSA), les attentes des personnes concernées évoluent. La simplification des démarches, une meilleure prise en compte des handicaps fluctuants ou invisibles, l’adaptation des critères à la réalité du terrain font partie des enjeux majeurs. Les initiatives locales, telles que le partenariat renforcé entre MDPH et Cap emploi, devraient contribuer à renforcer l’information et l’accompagnement des usagers.

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