La RQTH : Un levier essentiel pour l’inclusion professionnelle

La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) reste trop souvent méconnue, alors qu’elle constitue un véritable pivot pour l’inclusion professionnelle et l’accès aux droits des personnes handicapées en France. Cette reconnaissance, délivrée par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), concerne près d’1,5 million de personnes selon le rapport 2022 de la DREES, mais la réalité du terrain montre que bien des citoyens n’osent pas faire la démarche ou peinent à comprendre l’intérêt concret de cette reconnaissance.

Dans le contexte actuel, où la question du maintien en emploi, de la lutte contre la précarité et de l’égalité des chances s’imposent comme des enjeux de société majeurs, il est urgent d’offrir une information claire, nuancée et accessible sur la RQTH. Voici comment mieux appréhender cette démarche, qui peut transformer un parcours professionnel mais reste entourée de nombreuses interrogations.

Définition : qu’est-ce que la RQTH ?

La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé, ou RQTH, est une décision administrative qui a pour objectif d’officialiser le statut de travailleur handicapé pour une personne dont l’état de santé réduit durablement certaines capacités (physiques, sensorielles, psychiques, intellectuelles) dans le cadre professionnel. Ce statut vise à donner accès à des dispositifs de soutien, d’aménagement ou d’orientation professionnelle, afin de compenser les conséquences du handicap.

Cette reconnaissance concerne :

  • Toute personne âgée de 16 ans et plus ayant un problème de santé ayant un impact sur son employabilité.
  • Les salariés du secteur privé ou public, les indépendants, les demandeurs d’emploi ou personnes en recherche d’orientation, ainsi que les étudiants en transition vers l’emploi.
  • Tous types de handicaps sont concernés : visibles ou invisibles, temporaires ou durables (ex : maladies chroniques : diabète, cancer, troubles psychiques, etc.).

Selon l’INSEE, au moins 80 % des handicaps sont invisibles… mais la RQTH ne s’obtient ni sur présentation d’un taux d’invalidité précis, ni seulement pour des handicaps lourdement apparents.

A quels droits ouvre la RQTH ?

La RQTH est loin d’être un simple document administratif. C’est un véritable passeport pour accéder à toute une palette de droits et de dispositifs d’accompagnement, à tous les âges de la vie professionnelle.

  • Accès prioritaire à certains dispositifs de recherche d’emploi et de formation, notamment via Cap emploi, Pôle emploi, l’Agefiph, FIPHFP, missions locales, etc.
  • Aménagements de poste : adaptation des horaires, télétravail, matériel spécifique, accompagnement psychologique ou ergonomique, etc.
  • Accès à une protection spécifique contre le licenciement pour inaptitude, avec des procédures renforcées pour la recherche de reclassement.
  • Bénéfices indirects auprès de l’employeur : possibilité de prise en charge de formations d’adaptation, de financement d’aides techniques, aides à l’embauche ou au maintien en emploi via l’Agefiph ou le FIPHFP.
  • Accès à certains emplois réservés dans la fonction publique (titularisation spécifique, recrutement contractuel aménagé).
  • Aide à la reconversion professionnelle ou à l’orientation via l’ESPO (Évaluation, Soutien à la Préparation et à l’Orientation).

Un chiffre révélateur : selon le baromètre 2023 de l’Agefiph, 20 % des bénéficiaires de la RQTH accèdent à un emploi ou à une formation dans les 6 mois suivant leur reconnaissance, soit un taux deux fois supérieur par rapport aux personnes en situation de handicap sans RQTH.

Conditions et critères d’attribution

La question centrale : qui peut effectivement solliciter la RQTH ?

  • Le critère unique : avoir une altération d’au moins une fonction physique, sensorielle, mentale ou psychique, durable ou prévisible (au moins 1 an), et attestée par un professionnel de santé.
  • Âge : à partir de 16 ans (mais la demande peut être faite dès 15 ans pour un apprentissage).
  • Pas de condition de nationalité mais une résidence stable en France.
  • Statut administratif libre : salarié, non salarié, apprenti, demandeur d’emploi, agent public, etc.

Les pathologies susceptibles de donner droit à la RQTH sont très variées : surdité, troubles moteurs, sclérose en plaques, polyarthrite rhumatoïde, troubles dépressifs ou troubles DYS, maladies chroniques invalidantes, etc. 80 % des demandes concernent d’ailleurs des situations de handicap invisible ou de maladies invalidantes (DREES).

Procédure : comment faire sa demande de RQTH ?

La demande de RQTH est une démarche personnelle, totalement gratuite. Le processus a été simplifié depuis la réforme de 2019, mais il reste crucial de soigner la constitution de son dossier.

1. Constituer son dossier

  • Télécharger le formulaire Cerfa 15692*01 (ou le retirer auprès de la MDPH de son département). Il s’agit du formulaire de demande MDPH (incluant tous types de demandes, cochez bien la case “RQTH”).
  • Joindre un certificat médical spécifique, daté de moins de 6 mois, rempli par un médecin (généraliste, spécialiste, psychiatre, etc.). Il est préférable de fournir un maximum d’informations concrètes sur les conséquences de la pathologie dans le cadre professionnel.
  • Ajouter éventuellement des pièces complémentaires : bilans, attestations, courriers d’employeurs, d’ergothérapeutes, etc.

2. Dépôt du dossier et suivi

  • Envoyer le dossier complet à la MDPH (adresse et mode de dépôt selon département : en ligne, par courrier ou sur place).
  • Un accusé de réception doit être délivré (la transmission par internet est possible dans de plus en plus de départements).
  • La MDPH instruit le dossier en commission pluridisciplinaire. Des demandes d’informations complémentaires peuvent être faites.

Délai moyen : 4 à 6 mois, mais ce délai peut varier selon la charge de la MDPH locale (jusqu’à 8 mois dans certaines grandes agglomérations en 2023). En cas d’urgence, une demande de traitement prioritaire peut être formulée, notamment en cas de risque de perte d’emploi.

3. Notification et recours

  • La décision est notifiée par courrier : attribution, refus ou demande de complément.
  • En cas de refus, il est possible de demander une conciliation ou un recours administratif auprès de la CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées).

La RQTH est attribuée pour une durée de 1 à 5 ans selon les cas (renouvelable, et depuis peu délivrée sans limitation de durée pour certains handicaps irréversibles).

Quel impact sur la vie professionnelle ?

Obtenir la RQTH n’oblige pas à déclarer son statut à son employeur. Cette confidentialité est un droit fondamental. Il est toutefois souvent pertinent de s’en prévaloir pour demander des aménagements, accéder à un accompagnement spécifique, ou bénéficier d’aides financières.

Quelques chiffres utiles :

  • Taux d’emploi direct : seules 3,5 % des personnes relevant de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés sont employées dans le secteur privé en 2022, alors que l’obligation légale pour les employeurs de plus de 20 salariés est de 6 % (Agefiph).
  • Effets sur le maintien dans l’emploi : selon une étude de l’ANDRH, 53 % des salariés ayant obtenu la RQTH rapportent une amélioration de l’aménagement de leur poste de travail, contre 17 % pour ceux n’ayant pas de reconnaissance formelle.
  • Effets sur la qualité de vie : Selon un rapport INSERM, les salariés bénéficiaires de la RQTH expriment dans 60 % des cas une amélioration du climat au travail lorsqu’ils ont pu engager un dialogue avec leur employeur sur ce statut.

Questions fréquentes autour de la RQTH

  • La RQTH donne-t-elle droit à une pension d’invalidité ?
    • Non, la RQTH permet l’accès à des aménagements professionnels mais n’ouvre pas automatiquement à une rente ou pension (celles-ci dépendent d’autres dispositifs : CMI, AAH, etc.).
  • Dois-je prévenir mon employeur ?
    • Non, en aucun cas l’obligation n’existe. La transmission de cette information relève d’un choix personnel et peut être adaptée à chaque situation.
  • Est-ce que la RQTH est un frein à l’embauche ?
    • Non, il est illégal de discriminer une personne sur ce critère (Code du travail, art. L1132-1), et certaines entreprises valorisent même ces recrutements pour remplir leur obligation d’emploi.
  • Peut-on perdre sa RQTH ?
    • Elle est attribuée pour une période, renouvelable sur justificatifs. Elle peut ne pas être renouvelée si l’état de santé s’améliore sensiblement.

Retours d’expérience et perspectives

Derrière la procédure administrative, il y a des parcours singuliers : une salariée caennaise ayant récemment obtenu sa RQTH relate, dans le cadre d’un entretien avec France Bleu, « c’est la première fois qu’on m’a posé les bonnes questions sur les conséquences de mon diabète au travail, je me sens moins seule et plus entendue ».

Les associations locales, CAP emploi, et les collectifs comme le nôtre, jouent un rôle-clé pour aider à la constitution des dossiers : en 2023, selon la MDPH du Calvados, la moitié des personnes ayant demandé un accompagnement associatif ou pair-aidant pour remplir leur dossier ont obtenu une attribution sans recours.

Face aux difficultés persistantes d’accès à l’emploi, la RQTH doit être mieux connue comme un outil d’égalité. Avec près de 20 % de la population active concernée, une meilleure connaissance de la procédure et des avantages de la reconnaissance permet à tous – travailleurs, employeurs, proches – de construire une société plus inclusive, plus forte et plus juste.

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